Ceux du fond de la classe sous la Cinquième République (1956-1997)
Un livre d’Eva Blumenfeld
Un livre d’Eva Blumenfeld
Vous trouverez ci-joint l’introduction de Stathis Kouvelakis lors de notre réunion du 17 mars 2012
En Tunisie, en Grèce, en Espagne, même aux Etats-Unis et dans bien d’autres pays – y compris en France – s’exprime une aspiration démocratique à s’affranchir du joug de l’exploitation, de l’oppression et de l’aliénation. Cette aspiration connaît – et connaîtra – des hauts et des bas, des succès et des revers. Mais l’essentiel réside dans le fait qu’elle agit, donc qu’elle existe. Elle est en passe de conquérir une légitimité sociale et politique. Dans les pays de vieille tradition électorale, tant que les opprimés s’exprimeront dans le cadre institutionnel fixé par le système, la réponse électorale apparaîtra comme la continuité de l’état d’esprit des masses, de leurs luttes quotidiennes.
Cette aspiration se heurtera aux dures lois du capitalisme (non votées par le Parlement de la République) tant que ne sera pas posée la question de la lutte politique pour le socialisme. En France, force est de constater que les organisations qui se fixent comme objectif de donner un contenu politique à cette aspiration passent à côté de cette question.
Le programme du Front de gauche (FDG) affiche sa « volonté inflexible de résister à la finance » (page 11) mais celle-ci se fracasse sur la position concernant la dette dite publique : « Nous agirons pour le réaménagement négocié des dettes publiques, l’échelonnement des remboursements, la baisse des taux d’intérêts les concernant et leur annulation partielle » (page 70). En réalité, le FDG limite volontairement ses ambitions à « un gouvernement de gauche [qui] fasse du bon travail et ouvre une issue à la crise [souligné par nous] » (page 11). Ce qui place la barre en deçà du Programme commun de la gauche de 1972, alors que le modèle de Jean-Luc Mélenchon reste un certain François Mitterrand. En effet, dans le préambule de ce programme on lisait que le PS et le PCF « affirment ensemble leur volonté de mettre fin aux injustices et aux incohérences du régime actuel » ce qui correspond à la logique des organisations composant le FDG. Mais le programme de 1972 présentait cet objectif comme une étape préalable « pour ouvrir la voie au socialisme » (1) Ce qui n’est pas le cas du FDG quarante plus tard.
Pour sa part la direction du NPA cantonne la campagne Poutou à : « faire entendre le mécontentement du monde du travail, de la jeunesse, ouvrir une perspective hors des alliances parlementaires et gouvernementales, défendre un bouclier social face à la crise, redonner confiance en combinant démarches unitaires et indépendance politique. Nous voulons convaincre un maximum de gens que la solution réside dans la nécessité de construire les mobilisations pour résister à toutes les politiques d’austérité quel que soit le résultat des élections. » (2) Pour Lutte ouvrière, les travailleurs étant toujours démoralisés, la question ne se pose même pas.
Il est vrai qu’une campagne électorale n’a pas pour objectif de présenter le programme achevé pour la révolution prolétarienne à supposer qu’un tel programme existe. Mais, une campagne électorale s’interdit de générer des illusions, elle soulève l’enjeu effectif du moment considéré de la lutte des classes. Cet enjeu réside dans l’état de crise. Il ne s’agit ni d’une crise économique de plus, quoique plus grave que les précédentes, ni d’une crise politique de plus. Il s’agit d’une crise systémique. Et l’Union européenne est devenu le maillon faible de la chaîne impérialiste en crise.
L’offensive libérale depuis le coup d’Etat de Pinochet – en passant par la restauration du capitalisme en URSS – a ravagé la planète. Toutes les résistances se sont partout heurtées à l’inflexibilité du système, à la propagande de l’impossibilité de faire autrement. On ne peut pas y faire face avec des mesures qui laissent intactes les rouages du système capitaliste. On ne peut y faire face en se limitant à voter ou à défiler plusieurs fois par an. On ne peut pas y faire face en résistant à l’austérité permanente et à la tentation de l’autoritarisme politique qui commence par changer les gouvernements grec et italien en bafouant le suffrage universel.
La bourgeoisie forme un système centralisé d’une part comme « puissance sociale » (3) et d’autre part dans le cadre de l’Etat autrement dit « le pouvoir politique » qui « est précisément le résumé officiel de l’antagonisme dans la société civile » (4). Ce qui implique un long et patient travail politique pour démonter pierre par pierre les stratégies que la bourgeoisie met en action, pour démystifier l’authentique pouvoir (celui de la classe dominante) et pour désacraliser le système, c’est-à-dire en finir avec la thèse officielle qu’il n’y a pas d’autre choix. L’heure n’est plus à vouloir humaniser le capitalisme. L’heure n’est pas à attendre la prochaine agression pour y résister. Pour les exploités, l’heure est à inventer un projet alternatif pas pour un lointain futur mais pour ici et maintenant.
Emile Fabrol
SAMEDI 7 AVRIL à 14h30. Nous vous invitons à débattre, après l’exposé introduction de Pierre Dardot et Christian Laval,
auteurs du formidable essai « Marx, prénom Karl »
qu’ils viennent de publier aux Editions Gallimard.
Librairie l’Emancipation 8 Impasse Crozatier, (à hauteur du 43 rue Crozatier, métro Faidherbe Chaligny ou Gare de Lyon)
En quoi la relecture de Marx peut nous aider à répondre à la question qui est aujourd’hui la nôtre : «Comment nous libérer du capitalisme, de cette forme historique qui est devenue »monde », sans être condamnés à le subir encore longtemps, au prix de ravages de tous ordres dont nous ne faisons aujourd’hui qu’entrevoir l’ampleur? ».
« Il serait pourtant vain d’y rechercher une doctrine prête à l’ emploi moyennant une simple actualisation. Mais on éprouve la nécessité d’apprendre quelque chose de lui –non point parce qu’ il fournirait la doctrine et la croyance dont nous manquerions, mais parce que nous ne pouvons vraiment poser la question que soulève notre situation historique et sociale présente que dans une mise au clair de notre rapport à Marx à ses questions comme à ses réponses. »
« Tous les textes de Marx cherchent à articuler deux perspectives très différentes. La première est la logique du capital comme système achevé : il s’agit de dégager à la fois le mouvement inéluctable par lequel le capital se développe « en une totalité » qui « se subordonne tous les éléments de la société » et le « jeu des lois immanentes de la production capitaliste » qui conduit le capitalisme à accoucher nécessairement d’un nouveau mode de production. »
« La seconde est la logique stratégique de l’ affrontement, c’est-à-dire celle de la guerre des classes, sourde ou ouverte, laquelle transforme les conditions de la lutte et les subjectivités des acteurs de la lutte et pour finir dégage les dominés de l’ assujettissement, leur traçant la voie de l’ émancipation. »
« Le mode de penser de Marx met en évidence tantôt le jeu de l’action révolutionnaire dans l’ histoire, tout en s’efforçant de le rattacher encore aux lois du mouvement de la société, tantôt le mouvement implacable d’un grand automate qui absorbe et se soumet toute la société en « brisant toute résistance », tout en s’efforçant de présenter ce mouvement comme procédant encore de l’ activité pratique des individus. Mais au lieu de garantir la cohérence et l’ harmonie de la doctrine, ce même mode de penser a tendance à l’ écarteler, selon que Marx s’attache à l’activité pratique des hommes ou le développement du capital. Comment ces deux perspectives trouvent-elles à se rejoindre ? »
« Le »communisme » est la formule qui permet la résolution imaginaire de cette tension qui écartèle de l’ intérieur la pensée de Marx. Il est ce qui fait tenir ensemble le disparate des éléments de son œuvre. »
« Mettre en évidence cette disjonction indépassable –entre le jeu de l’ action révolutionnaire, dans l’ histoire ou l’ implacable automate qui brise toute résistance et se soumet chaque individu- nous aide à poser la question qui est aujourd’hui la nôtre ». C’est celle que nous nous sommes permis de mettre en avant au début de cette invitation et à laquelle nous vous invitons à débattre avec nous. »
Cette indispensable redécouverte de Marx permet de réfléchir à l’ état du monde. Notre dernière réunion a été un véritable succès et elle nous a permis d’élargir le débat et la base de notre club. Pour accueillir Pierre Dardot et Christian Laval, nous vous invitons encore plus largement.
Samedi 17 mars, plus de 50 participants se sont réunis à l’ invitation de notre club
pour débattre autour de l’exposé de Stathis Kouvelakis
sur la question : « Où va la Grèce ? » (*)
Demandes d’information, questions sur les organisations d’extrême-gauche grecques, état des lieux, interventions… Le débat a été très riche. Au centre, comme la question incontournable, l’annulation de la dette a fait consensus. Cette question n’est d’ailleurs pas propre à la Grèce mais à tous les pays d’Europe. Elle détermine toutes celles qui sont posées par le combat contre le libéralisme et le système capitaliste.
Pour cette raison et pour quelques autres la Grèce est un laboratoire politique pour toute l’Europe, comme dans une autre période historique l’Espagne républicaine était un laboratoire qui annonçait la victoire du fascisme si la révolution ne l’emportait pas…
Notre club élargit son audience. Le nombre de participants augmente et ils sont souvent réguliers. Le respect mutuel des opinions de chacun pour débattre et discuter, quelle que soit son affiliation politique, c’est ainsi que peut s’instaurer la confiance indispensable pour un club de discussion comme la situation l’exige et comme nous l’ avons voulu. Nous allons essayer d’avancer dans l’écriture d’un manifeste.
* Au début de la réunion nous avons pu voir et intégrer à nos débats le « Cine tract: GRECE GENERALE » de Réjane Tremel et Samuel Wahl en leur présence.
Les agents hospitaliers de Kilkis, en Grèce, ont occupé leur hôpital local et ont publié une déclaration disant qu’il était désormais entièrement sous contrôle ouvrier. L’hôpital général de Kilkis en Grèce (Macédoine centrale) est maintenant sous contrôle ouvrier. Les travailleurs hospitaliers ont déclaré que les problèmes qui durent depuis longtemps du Système de santé national (l’ESY) ne pouvaient être résolus. Les travailleurs ont répondu à l’accélération du régime des mesures impopulaires d’austérité en occupant l’hôpital et l’ont déclaré sous contrôle direct et complet par les travailleurs. Toutes les décisions seront dorénavant prises par les « travailleurs de l’assemblée générale ».
Pour prérarer la réunion du 7 avril 2012, Un texte de Pierre Dardot et Christian Laval
(lire)
Depuis le mercredi 15 février, les kiosques dans tout le pays affichent à côté des journaux habituels un journal de plus, écrit par ses propres salariés. Un journal qui ne cherche pas seulement à mettre en évidence la lutte des travailleurs de Eleftherotypia, mais qui veut aussi être un journal d’information complète, spécialement en cette période si critique pour la Grèce. Les 800 travailleurs et travailleuses à l’entreprise X. K. Tegopoulos, qui édite le journal Eleftherotypia, des journalistes aux techniciens, des nettoyeuses aux employés et aux concierges, sont en grève reconductible depuis le 22 décembre 2011 puisque le patron ne leur verse plus leurs salaires depuis août passé !
Les travailleurs de Eleftherotypia, voyant que le patron demande l’application de l’article 99 du code des mises en faillite, en vue de se protéger de ses créanciers, en réalité ses salariés auxquels il doit un total d’environ 7 millions d’euros en salaires impayés (!), ont décidé parallèlement aux mobilisations et aux actions en justice de faire paraître leur propre journal. Un journal distribué par les agences de la presse dans tout le pays, pour le prix de 1 euro (contre le 1,30 euro qui est le prix habituel des autres journaux), avec comme objectif de soutenir la caisse de grève.
Appel international
Trajet/parcours: Rassemblement à 14h sur le Parvis des Droits de l’Homme (métro Trocadéro) Puis manifestation vers l’ambassade de Grèce (manifestation déclarée en préfecture). Télécharger l’appel à la manifestation
* Appel international * Evénements en France * ParisQuand un peuple est attaqué ce sont tous les peuples qui sont attaqués. Le 10 février, le gouvernement non élu de la Grèce a adopté un nouveau plan d’austérité monstrueux et destructif, qui a été approuvé par le parlement grec (199 députés contre 101) le 12 février. Avec ce nouveau plan d’austérité, le salaire minimum est diminué de 22% et gelé pour trois ans, les conventions collectives sont tout simplement supprimées, il y aura 15 000 licenciements dans la fonction publique et 150 000 postes seront détruits par non renouvellement… Le peuple grec est en train de se soulever courageusement contre cette politique de terreur sociale. Dans le silence assourdissant des médias, les manifestations se multiplient ainsi que les grèves générales malgré la violente répression. Les Grecs ont besoin de la solidarité internationale et y font appel.
Leur mobilisation se heurte au mur d’une dictature européenne et internationale, celle des marchés financiers et de la troika : UE, BCE, FMI, qui ont imposé aux grecs ces plans d’austérité et un gouvernement non élu. Les gouvernements dans l’UE, en particulier le gouvernement français, sont parties prenantes de cette dictature et appliquent dans les autres pays des politiques qui vont dans le même sens. La Grèce n’est pour eux qu’un laboratoire avant généralisation. La situation va s’aggraver encore avec le projet de nouveau traité européen obligeant à introduire la « règle d’or » dans nos constitutions.
Reprenons nos vies en main. Laissez votre PC, rejoignez la mobilisation ! Manifestation en solidarité avec la mobilisation des Grecs le Samedi 18 février. Des Grecs à Paris et citoyen-ne-s solidaires
Le dimanche 12 février 2012 – à Athènes, à Salonique, et partout en Grèce – la population s’est levée contre le nouveau plan de rigueur voté par les députés. Stathis Kouvelakis, professeur de philosophie politique au King’s College de Londres, spécialiste de la Grèce, analyse ce véritable traumatisme social. RFI indiquait le 13 février que : « Le porte-parole du gouvernement a confirmé ce lundi 13 février la tenue d’élections législatives anticipées en avril prochain. Ce scrutin s’annonce mouvementé tant les équilibres politiques en place sont en train d’être bousculés par un peuple en colère. Et ce seront sans nul doute les élections les plus incertaines que la Grèce aura connues depuis la fin de la dictature en 1974. Car le bipartisme, qui a marqué la vie politique ces 30 dernières années, socialistes du Pasok d’un côté, droite de Nouvelle démocratie de l’autre, est en train de voler en éclats. D’après un sondage paru la semaine dernière, le Pasok est même passé sous la barre des 10% d’intentions de vote. Une chose est certaine, on va assister dans les prochains mois à une recomposition du paysage politique grec, où les partis de gauche, des communistes à la gauche réformatrice, pourraient jouer un rôle important. Ils n’ont d’ailleurs jamais été aussi haut dans les sondages. » Quant aux affrontements sociaux multiples et d’ampleur, il semble peu probable qu’ils puissent être canalisés dans la seule tuyauterie électorale. Nous reviendrons assez vite sur quelques questions importantes abordées par Stathis Kouvelakis. Porter à la connaissance de nos lectrices et lecteurs cette première réaction, faite sous la forme d’un «entretien rapide», nous apparaît relever d’un impératif politique.
Rédaction A l’Encontre